A la bibliothèque du musée : Un livre d'art

LES CARTES ET LES ESTAMPES DE GEO-FOURRIER ET DE PABLO TILLAC. Les Pyrénées : Ariège-Couserans, Béarn, Bigorre, Pays basque. Paris : Ed. ASIA (André Soubigou Impressions d'Art), juin 2011. 80 p., ill. coul., cartonnée ill. coul. 33x25 cm.

Engagé depuis quelques années dans la mise en valeur de l'oeuvre de Georges Géo-Fournier (1898-1966) par l'édition d'Art, André Soubigou a choisi pour deuxième ouvrage d'une série dédi ée aux cartes et estampes de cet artiste original aux dons éclectiques, celui consacré aux Pyrénées, visitées et découvertes entre 1936 et 1940.

La réédition du contenu des quatre suites « Pirineos », produites par les Etablissements Artistiques Parisiens (Couserans, La Bigorre, Euskual Herria, Euskual Dunak) entre 1937 et 1940, est accompagnée de reproductions de photographies et de dessins préparatoires, qui constituent des témoignages précieux sur la démarche à la fois esthétique et ethnographique de Géo-Fourrier,  où l’on retrouve l’influence des maîtres japonais de l’estampe mais aussi cet intérêt pour les cultures populaires d’ici et d’ailleurs qu’ont fait naître les artistes d’avant-garde des années 1930.

Cette galerie de portraits, où l’apparente simplicité du dessin et le choix de couleurs franches stylisent les personnages, donne pour chaque province (à l’exclusion du Béarn, « intégré » au Pays basque) un éventail de types humains croqués dans les gestes d’une vie quotidienne ou festive (costumes, métiers, jeux et danses appartenant à un monde rural en train de disparaître), proposés comme les représentants d’une culture populaire encore visible : Héritière d'Ossau, Jeune femme de Sauveterre, Kantiniersa, Pâtre de Campan,  etc.  

  Les commentaires de ces images, confiées à des auteurs engagés, à titres divers, dans la connaissance et la pratique de ce que l’on nomme les Arts et Traditions populaires, s’attachent à décrire attitudes, objets et surtout costumes, et à établir ainsi, grâce au texte, une passerelle entre réalisation artistique et réalité pyrénéenne de terroirs culturels.   Cet ouvrage de très grande qualité est complété, pour notre plaisir, par la réédition de la série « Visages paysans » que Géo-Fourrier produisit lui-même à Quimper dans les années1950, et par la reproduction des pochoirs réalisés par sa femme, signés Lotte ou Lotte Effe.

  Enfin, comme en miroir à l’œuvre principale, la reproduction de cartes et estampes de Pablo Tillac (1880-1969) réalisées dans les mêmes années aux Etablissements Artistiques Parisiens, rappelle la place et les qualités d’un artiste incontournable pour qui s’intéresse au Pays basque et à son histoire. Elle illustre ainsi cette démarche commune qui a redonné à la technique de l’estampe, dans l’Entre-deux-Guerres, le lustre qui était le sien à l’Epoque romantique et au Second Empire, en l’adaptant à la carte postale, et en faisant de cette dernière un moyen moderne d’expression esthétique.

 

OÙ NOUS RETROUVONS …YAN DOU SABALOT

Sollicité par Géo-Fourrier comme nous l’indique la carte postale qui suit, Yan dou Sabalot fut un interlocuteur de qualité, avec sa troupe de théâtre populaire des Biarnès Gauyous de Sauveterre-de-Béarn, dans laquelle l’artiste trouva certains modèles de portraits : Daüne biarnese, vieux pâtre béarnais, etc.  

 

Texte de la carte de Géo-Fourrier, adressée à Jean-Baptiste GASTELLU-ETCHEGORRY, Sauveterre-de-Béarn.   Itxassou, B.P. Hôtel Geffroy, 7/1/39 Monsieur, On me dit à Itxassou, que vous dirigez à Sauveterre de Béarn un groupe folklorique, de jeunes gens, qui donne des représentations en vieux costumes locaux. - Je suis actuellement au pays Basque pour y préparer une série d’estampes et C.P. sur ce pays, analogue à celles que j’ai fait paraître déjà sur le Couserans et la Bigorre. Tous mes dessins étant préparés sur place, avec le concours des conservateurs de Musées et présidents de groupes folkloriques, je serais très heureux de me rendre à Sauveterre, en allant à Tardets, si vous vouliez bien m’aider dans mon travail en faisant poser pour moi (20 à 25 minutes chacun) quelques membres de votre groupe, en costumes anciens du pays Béarnais.- Je vous serais reconnaissant de bien vouloir me donner votre réponse, dès que possible, afin que j’arrange mon voyage à Tardets en conséquence le cas échéant car je quitterai le pays Basque vers le 25. En vous remerciant d’avance je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments bien distingués, G. Géo-Fourrier >  >Ce document heureusement conservé dans les archives familiales mérite quelques commentaires : J.B. Gastellu-Etchegorry (196-1981), en littérature Yan dou Sabalot, est un écrivain de pastorales, poèmes et contes en langue béarnaise. Appartenant à une vieille famille basque de Soule, qui s’est installée depuis deux générations à Sauveterre-de-Béarn, il est devenu, par ses écrits et ses troupes de théâtre (Biarnès Gauyous en Béarn, puis Tradition et Terroir à Tarbes en Bigorre gasconne dès 1940), un représentant d’une culture populaire dont le moteur reste la langue béarnaise, de tradition orale et à laquelle une graphie inspirée de la graphie moderne d’un Simin Palay permet une lecture facile et directement accessible.

Menuisier de son état, il connaît parfaitement le « petit peuple » du Béarn et du Pays basque qu’il fréquente, avec ses métiers, ses costumes. Il est donc logique que Géo-Fourrier fasse appel à lui, comme directeur de troupe…   Ce que nous donne à comprendre aussi ce texte sur ce qu’était la démarche de Géo-Fourrier en Pyrénées conforte ce que nous savions auparavant de ses travaux en Bretagne. Il prend contact avec les responsables de Musées (avec leurs colletions dont le contenu scientifique permet une approche documentée) mais aussi avec les acteurs, sur place, du « folklore » encore vivant (ce que d’autres à cette époque appelait : « Arts et traditions populaires », après la création du Musée de l’Homme à Paris en 1936) avec leurs groupes de danseurs, chanteurs, musiciens en costumes traditionnels. Nous apprenons ainsi que les séries pyrénéennes de cartes postales ont commencé par la Bigorre et le Couserans ; celles consacrées au Pays basque (où sont incluses celles du Béarn) viennent ensuite, en 1939, comme l’indique la date du courrier cité. Pour les dessins originaux, il organise des séances de pose assez rapides (20 à 25 minutes), ce qui indirectement nous révèle ses qualités de dessinateur qui « croque » tel ou tel personnage, avec ou sans décor. Commencé vraisemblablement en tout début d’année 1939, il terminera, à la fin janvier, ce voyage dans les Pyrénées atlantiques pour en tirer les deux séries « Euskual Herria » et « Euskual Dunak »).  

A propos d’une estampe : la « Daüne biarnèse »

   

Nous avons pu identifier ce portrait de « daüne », maîtresse de maison à Sauveterre, grâce à la comparaison de photos de famille qui la représente en costume de fête, à diverses occasions. Il s’agit de Jeanne Reilhé-Gastellu, épouse de Yan dou Sabalot, et sa qualité de couturière en a fait l’organisatrice des costumes des Biarnès Gauyous (les Béarnais Joyeux), à partir de pièces authentiques qu’elle a patiemment rassemblées et parfois reproduites. Son costume est typique des femmes de la région de Sauveterre-de-Béarn : jupe froncée à grands plis profonds (les « arrupes ») dits en tuyaux d’orgue, et corsage cintré assorti, boutonné devant, laissant voir le col blanc d’une guimpe, agrémenté (par l’artiste !) d’un grand nœud de soie rayée, tablier de devant (« dabantau ») de soie noire bordée de dentelle fine, grand châle de laine, frangé, à fond noir et à motifs imprimés de couleurs vives de type « cachemire ». A la place du « capulet », petite mante de tête portée ailleurs, notamment en Béarn et Bigorre, la coiffe caractéristique de cette région consiste en un foulard de tête en soie brochée, ici de même couleurs que jupe et corsage (un artifice du peintre), et dont la forme particulière (un carré d’assez petite taille, auquel on ajoute, par la couture, une « langue » de tissus de soie de même couleur, finie en pointe) permet de le nouer à l’arrière de l’oreille, sur le côté.