Cape  féminine de deuil : Capot de dòu (Texte de Geneviève MARSAN)

                           

Description
En laine blanche, décorée « à la soutache » de motifs de laine brune, répartis symétriquement sur la capuche, le dos et le bas de la cape.
Elle est bâtie comme les amples capes d’hommes, et porte donc, depuis l’encolure, des « tuiles » formant triangles dont les pointes sont agrémentées de pompons de laine brune, semblables à celui que porte l’extrémité du capuchon.
Ce dernier d’ailleurs montre, sur la couture médiane, une série de petits pompons ronds qui masquent les points d’assemblage.
Les motifs du capuchon et du bas de la cape sont encadrés par deux lignes de cordonnets bruns plus épais.
Le décor « à la soutache » consiste à coudre, en utilisant des bandes de papier fin sur lesquelles on a tracé en détail le décor, les cordonnets qui sont « ordonnés » directement sur ces dessins, et à les maintenir sur l’étoffe de la cape par des petits points au fil de laine de même couleur…
C’est donc un travail très long, très lent et minutieux auquel se prêtait la personne qui décidait de fabriquer un tel vêtement. Ce type de décor est essentiellement présent, jusqu’au début du 20ème siècle, sur les costumes militaires.
Bien connue et reproduite de nombreuses fois sur les lithographies de l’époque romantique de la première moitié du 19ème siècle en vallée d’Ossau, cet habit de deuil remarquable a disparu des vêtements de cérémonie de la vallée, sans doute en raison des difficultés de sa production, et remplacée par la cape noire (capuchou) en laine fine (fabriquée en usine) de mérinos parfois doublée de rouge, que certaines femmes ossaloises ont continué à porter pour se rendre à l’église jusque dans les années 1955.
L’utilisation du blanc comme couleur de deuil est la survivance, exceptionnelle, d’une pratique populaire très ancienne : l’on sait qu’en Espagne au 15ème siècle la reine Isabelle La Catholique imposa par décret le port des habits noirs pour le deuil, en raison de la cherté des étoffes blanches traditionnelles.
En Ossau, pays d’élevage où les troupeaux de brebis fournissaient une laine surtout blanche qui alimentait une grande partie de la confection des tissus fabriqués à la maison ou sur le métier d’un artisan-tisserand, le maintien de l’ancienne cape blanche de deuil fait partie d’un langage symbolique des couleurs que l’époque du Second Empire, avec ses étoffes manufacturées, inversera.

Origine
Atelier de couture de Jeanne Reilhé-Gastellu (épouse de Yan dou Sabalot), 1953. Cette cape, décorée par sa fille Marie-Thérèse Gastellu-Sabalot, est l’exacte réplique de l’exemplaire ossalois du Musée béarnais disparu. Elle a été portée à maintes reprises par cette dernière lors des représentations de théâtre populaire et sorties du groupe « Tradition et terroir », avec leurs ensembles de costumes traditionnels.

Pour en savoir plus :
Robert BRÉFEIL. Images folkloriques d’Ossau. Pau : Marrimpouey Jeune, 1972
Geneviève MARSAN. Costumes populaires traditionnels des Pyrénées. Suivi de : Jean VIGNAU-LOUS. Le costume traditionnel féminin de la vallée d’Anso, Haut-Aragon. Lourdes : Musée Pyrénéen, 1987.
Geneviève MARSAN. De pied en cap : Rigueur et beauté des costumes pyrénéens. In Pyrénées, 2010, n°241.
Jean VIGNAU-LOUS. Costumes des Pyrénées béarnaises : Un ancien mode de vie. Pau : Association Béarn Culture, 1971.